
1. Pourriez-vous nous résumer les étapes clés de votre parcours ? Au-delà de ce cadre académique, quel a été l'élément déclencheur ou la rencontre qui vous a véritablement orienté vers le monde de la recherche ?
Après une enfance entre l'Afrique et l'Europe, j'ai commencé mon parcours supérieur par une formation en tourisme à Bruxelles et un stage au Hilton de Barcelone (ISALT, 2005), en parallèle d'une expérience artistique dans le breakdance dans les quartiers nord de Bruxelles. J'ai ensuite eu l'opportunité de voyager pendant plusieurs années à travers plus de 40 pays, tout en travaillant dans le secteur du tourisme, ce qui a fortement marqué ma vision du monde et des relations interculturelles.
Souhaitant approfondir cette dimension, je me suis réorienté vers les sciences sociales en réalisant un bachelier en socio-anthropologie puis un master en anthropologie sociale et culturelle à finalité didactique (agrégation) à l'Université de Liège en 2013.
Depuis, j'enseigne à l'EPHEC (ex ISALT/ HE Galilée) dans le domaine du tourisme et des loisirs, tout en développant une activité de recherche et de consultance en ethnographie, avec des terrains réguliers à l'international (Afrique, Maroc, Cuba, Inde, Bénin).
Côté associatif, j'ai fondé en 2016 le projet Zinneguides, qui propose des visites interculturelles à Bruxelles, et je m'implique dans des projets académiques et de coopération internationele centrés sur les enjeux interculturels et le tourisme.
L'élément déclencheur dans la recherche est lié aux différents terrains ethnographiques réalisés pendant le Master, et surtout, le terrain lié au mémoire de plusieurs mois sur les séjours éducatifs de rupture au Bénin.
3. Quels sont vos domaines d’expertise ?
Je suis chercheur dans le département business de l'EPHEC, chercheur associé au Lab-réseau Ulysse et consultant pour des projets de voyages alternatifs dans les secteurs du tourisme (durable), des loisirs et de l'immigration.
Mes recherches, fondées sur une approche ethnographique, portent notamment sur :
- Nomadisme numérique
- Tourisme alternatif et durable
- Étude d'impact (sur les relations interculturelles)
- Création et organisation de parcours de loisirs éthiques
- Valorisation des modèles locaux
- Interculturalité et intégration des minorités dans le secteur touristique
- Mise en réseau et échanges de bonnes pratiques
- Patrimoine colonial dans l'espace public
- Création de modules de formation dans l'enseignement des métiers du tourisme et des loisirs
Mes terrains de recherche se situent principalement en Afrique de l’Ouest, au Maghreb, en Amérique latine ainsi qu’en Europe occidentale et du Sud.
3. Sur quel(s) projet(s) travaillez-vous actuellement et à quelle(s) problématique(s) concrète(s) tentez-vous de répondre ?
Bénin (Cotonou) : Dans le cadre du renforcement de capacités d'une école supérieur d'hôtellerie et de tourisme à Cotonou, je pilote un projet sélectionné par la Commission Mixte Permanente Wallonie Bruxelles International et le gouvernement béninois depuis 2024 et jusque 2028. En collaboration avec divers acteurs comme la HECh (Les Rivageois) nous travaillons notamment sur des innovations pédagogiques et des échanges d'enseignants.
Maroc (Agadir) : Ethnographie de la Baie de Taghazout (Agadir) en collaboration avec l'Université Ibn Zohr pour comprendre l'impact du surf sur les communautés locales afin de conseiller les autorités et investisseurs de la région.
Belgique (Bruxelles) : J'analyse actuellement les profils des étudiants et des enseignants ainsi que leurs représentations mutuelles, à travers une approche combinant ethnographie, questionnaire Wooclap et focus groups. Il vise à mieux comprendre les perceptions réciproques, favoriser le dialogue entre les deux groupes, et proposer des pistes concrètes pour améliorer la compréhension interculturelle et adapter les pratiques pédagogiques.
4. Quelle est votre vision de la recherche appliquée et, selon votre expérience, quels sont les facteurs clés pour réussir à transformer des concepts scientifiques en solutions concrètes sur le terrain ?
Ma vision de la recherche appliquée, c'est avant tout de comprendre les acteurs de terrain et leur environnement. En anthropologie comme dans toute recherche appliquée, le facteur clé est donc le temps nécessaire pour cerner des réalités complexes qui s'éloignent de ses préconceptions pour favoriser une approche "bottom up" réaliste et durable.
5. Quelle contribution majeure espérez-vous apporter à la société à travers l'aboutissement de vos travaux ?
J'espère contribuer à une meilleure entente et compréhension entre les cultures (au sens large) qu'elles concernent une région, une structure ou des groupes qui pensent différemment et viser un vivre-ensemble durable. J'essaie, comme beaucoup d'anthropologues, d'être le porte-voix des groupes qui ont peu - ou pas souvent - droit au chapitre. C'est mon ambition dans la vie de tous les jours tant en haute école qu'en recherche appliquée.
6. La recherche, c'est aussi du terrain, des rencontres, des lieux... Quel est l'objet le plus insolite qu'on trouverait sur votre bureau ou dans votre espace de travail ? Quelle histoire raconte-til ?
Alors, je ne vais pas être original mais mon smartphone est clairement mon meilleur allié. Il y a 15 ans lors de mes premiers terrains de recherche, j'utilisais comme mes maîtres, un carnet de note, un crayon, un appareil photo et un enregistreur... Aujourd'hui, avec cet outil "magique", je peux tout faire en un clic et le remettre en poche ce qui me permet aussi d'être plus discret sur le terrain qu'avec ma panoplie de chercheur pré-smartphone !
Un visage derrière la recherche : Myriam Denis