Recherche en Haute École : les chercheurs en mode Covid-19 !

22 September 2020 by
Recherche en Haute École : les chercheurs en mode Covid-19 !
SynHERA, Déborah TOUSSAINT


Du 30 mars au 3 avril 2026, SynHERA a accueilli une délégation du Réseau des CCTT (centres collégiaux de transfert de technologie canadiens) pour une mission construite autour de deux ambitions : consolider les liens de l'Alliance francophone de la recherche appliquée, et explorer ensemble un territoire encore peu balisé, celui du potentiel défense de nos recherches civiles.

Lundi : poser les bases, ensemble

La semaine a démarré dans les bureaux de SynHERA à l'ICAB, à Bruxelles, avec une matinée de travaux en commun entre les trois réseaux partenaires de l'Alliance francophone : le Réseau des CCTT, SynHERA et l'AFCRT, cette dernière participant à distance. Bilan des axes stratégiques, communauté de pratiques, benchmark des approches respectives, un moment de fond, essentiel pour faire avancer une collaboration qui dépasse les déclarations d'intention.

L'après-midi a pris un tour plus opérationnel avec une présentation des financements bilatéraux et européens, portée par Cristina Brandini (SynHERA) et Francisco Santana (NCP Wallonie), Horizon Europe en fil conducteur. 

La journée s'est conclue par une rencontre avec la Délégation générale du Québec à Bruxelles (DGQB), un signal fort d'une mission qui dépasse le seul monde académique.

Mardi : quand la recherche appliquée révèle son potentiel défense

Tout au long de la journée, organisée en collaboration avec l'AWEX et notamment avec l'appui de Rafaël Jaimes Contreras, centres québécois et belges se sont succédé pour exposer leurs compétences et projets réels : côté québécois, CMQ, OPTECH, Solutions Novika et CGQ ; côté belge, HEPL, Henallux, HE Condorcet, HELMo, CRM et SIRRIS. Et un constat s'est imposé progressivement, presque naturellement : une grande partie de ces travaux, conçus pour répondre à des besoins civils, possèdent un potentiel de reconversion défense évident, souvent à portée de main.

La métallurgie avancée perfectionne aujourd'hui des composants industriels — avec quelques adaptations, elle peut répondre à des exigences balistiques. Les simulateurs de médecine d'urgence développés pour la formation hospitalière trouvent une logique pédagogique directement transposable à l'apprentissage des gestes de secours en conditions de combat. Les drones et capteurs pensés pour la surveillance environnementale ou agricole ont une architecture déjà compatible avec des missions de reconnaissance militaire. La photonique, la géomatique, les systèmes embarqués : autant de domaines où la frontière entre usage civil et usage militaire est bien plus mince qu'on ne le croit.

C'est précisément ce que désigne le concept de dual use, non pas une reconversion radicale, mais la reconnaissance que des expertises existantes peuvent, avec peu d'adaptation, répondre à des enjeux de sécurité et de défense. Cette journée a mis en lumière que les Hautes Écoles belges et les CCTT québécois ont développé, parfois sans le nommer ainsi, un savoir-faire à double usage d'une réelle valeur stratégique.

Les échanges ont également intégré une présentation de la stratégie européenne de défense et de la roadmap technologique portée par les pôles Mecatech et Skywin, ainsi qu'une rencontre avec AGORIA et BSDI. La journée s'est clôturée par un cocktail de réseautage, en présence de Pascale Delcomminette, Administratrice générale de l'AWEX et de WBI, une conclusion à la hauteur des ambitions soulevées dans la journée.

Mercredi : du concret, sur le terrain

Place aux visites d'entreprises et de centres, entre Namur et Liège : Coexpair à Namur, puis MPP et Becover à Liège. Une journée pour ancrer les échanges dans la réalité industrielle et mesurer ce que des collaborations concrètes pourraient produire, loin des salles de réunion, au cœur des ateliers et des labos.

Jeudi : un message d'avenir

La semaine s'est conclue de la plus belle des façons. La délégation canadienne a participé à la Journée de la reCherche en Haute École (JdCHE), organisée par SynHERA. Ils ont eu l'honneur, et nous, le plaisir, de clôturer la séance plénière avec un message ouvert sur l'avenir et les collaborations à construire entre nos deux pays. Un geste fort, qui a résonné dans la salle, et qui dit mieux que tout discours ce que cette semaine aura construit.

La recherche appliquée n'a pas de frontières, et cette semaine en aura apporté une nouvelle preuve. Entre Hautes Écoles belges et CCTT québécois, les terrains d'entente sont nombreux, les expertises complémentaires, et les projets communs, une perspective désormais bien réelle, des deux côtés de l'Atlantique.

Odoo • Image et Texte

C’est une rentrée hors du commun que nous avons toutes et tous vécue en ce mois de septembre. Une rentrée chamboulée pour les étudiants, les enseignants, mais aussi les chercheurs. Avec l’épidémie de la Covid-19, c’est leur mode de fonctionnement qui a dû être repensé. Réunions en ligne, planning des projets aménagé, présence limitée dans les labos… Déborah Lanterbecq, de la Haute École Provinciale de Hainaut-Condorcet, Quentin Bullens, de la Haute École de la Province de Namur, et César Meuris, du Centre RESSORT-HERS de la Haute École Robert Schuman, trois coordinateurs de recherche, ont accepté de témoigner sur cette situation… inédite ! 

Masque sur le visage, les enseignants ont repris le chemin des Hautes Écoles. Un vrai casse-tête pour certaines institutions qui ont dû se réorganiser pour accueillir au mieux ces milliers d’étudiants. Dans les Centres de Recherche des Hautes Écoles, aussi, les chercheurs n’ont pas eu le choix et ont dû s’adapter aux dernières mesures sanitaires. « L’occupation des sites et des locaux a été régulée, ce qui a considérablement chamboulé l’organisation des unités de recherche en place, y compris les projets de recherche individuels », nous explique d’ailleurs Déborah Lanterbecq, coordinatrice recherche de la Haute École Condorcet, et responsable d’un laboratoire. Elle ajoute : « Cette situation a également empêché la tenue de certaines manipulations ou de développements de prototypes qui nécessitent l’intervention de personnes extérieures aux sites, comme les partenaires de projets, les fournisseurs… ».

Communiquer, oui mais en ligne

Tous ont aussi dû repenser la manière de se rencontrer puisque c’est dorénavant par écran interposé que se tiennent la plupart des réunions. Un nouveau mode de communication avec, certes, des avantages, mais pas seulement... César Meuris est Docteur en Histoire et Philosophie des Sciences au Centre RESSORT-HERS. Les recherches qu’il mène avec son équipe traitent essentiellement du domaine de la santé. « Et les professionnels de la santé sont plus difficiles à joindre, et donc à rencontrer en présentiel. Au Centre RESSORT-HERS, nous menons des recherches qualitatives. En entretien, il est donc important de créer un climat de confiance, pour obtenir des discussions autres que simplement des questions-réponses. Lorsque nous ne sommes pas en face des personnes, et que l’on travaille de manière numérique, ce lien est plus difficile à établir. Cela crée un contexte qui demande beaucoup d’aménagements », indique-t-il. 

Pour Quentin Bullens, aussi, ces réunions en ligne sont devenues une habitude. Ce chercheur travaille sur « It4Anxiety », un projet mettant l’accent sur la création et la mise en œuvre de solutions innovantes visant à réduire l’anxiété chez les patients souffrant de troubles neurologiques (ex : maladie d’Alzheimer) ou de stress post-traumatique. Un vaste projet européen avec 11 partenaires et 6 pays représentés… qui a justement démarré au même moment que le confinement. « Nous avons directement travaillé en ligne, ce qui a facilité les contacts internationaux. Cependant, il est vrai, que l’on n’a pas la même sensibilité que lorsqu’on est en présentiel », raconte-t-il. 

Un impact sur le planning des projets… et sur les financements

L’autre impact de cette crise sanitaire pour les chercheurs ? Un agenda chamboulé ! Pour le projet It4Anxiety, le premier hackathon, prévu initialement en octobre, sera finalement organisé en mars. « Au niveau européen, puisqu’il s’agit d’un projet Interreg, nous devrions recevoir un report de budget puisque les délais initiaux n’ont finalement pas pu être respectés », indique Quentin Bullens. Même constat pour les autres chercheurs qui ont dû mettre certaines tâches entre parenthèses durant le confinement. Tous espèrent donc que pour certains projets subsidiés, il sera possible d’obtenir une prolongation de la fin de projet, sans pour autant toucher au budget initial. Par contre, pour les projets impliquant des entreprises, déjà très impactées par la crise, c’est une autre histoire. « Dans ce cas de figure, les projets n’ont pas pu être prolongés, reportés ou même ralentis », conclut Déborah Lanterbecq. 

 

« Important de participer à l’effort citoyen »

Comme nous vous en parlions dans une news précédente, plusieurs chercheurs de notre réseau se sont mobilisés pour faire avancer la recherche en lien avec la Covid-19, ou pour aider les hôpitaux.

A la Haute École Condorcet, outre la catégorie paramédicale (sections soins infirmiers et kiné) qui s’est beaucoup investie pour prêter main-forte aux hôpitaux, c’est au niveau de l’équipement que l’équipe de recherche en biotechnologie de Condorcet (et du CARAH, son centre de recherche associé) a apporté son aide. Ainsi, un équipement PCR (Polymerase Chain Reaction, plus d'infos ci-dessous) a été mis à disposition. « En 2020, les laboratoires du CARAH ont été repris par la Régie provinciale Hainaut Analyses. C'est donc tout naturellement que la Province de Hainaut a donné son accord pour mettre à disposition cet équipement afin d'assurer très rapidement des tests PCR dans les plateformes de test mises en place par le Fédéral. A ce jour, malgré des demandes répétées auprès de l’AFMPS, qui gère les équipements mis à disposition, je ne sais pas encore si ce dernier nous sera restitué », explique Déborah Lanterbecq.  

Elle ajoute : « Les recherches (en présentiel) ont été inévitablement suspendues durant le confinement. Il a donc été normal de participer, à notre façon, à l'effort citoyen en cette période de crise sanitaire ». Lors de la reprise des activités de recherche en mai, lorsque que les projets et les manipulations ont repris, l’équipe du CARAH-Condorcet a dû trouver une alternative pour pallier cette absence. « Nous utilisons un équipement similaire, mais plus vétuste. Nous essayons de ménager cet « ancêtre », afin qu’il ne nous lâche pas maintenant », sourit la coordinatrice de recherche.   

Au Centre RESSORT-HERS, ce sont plusieurs outils qui ont été réalisés en lien direct avec la Covid-19.  Le premier est un outil de « Réflexion éthique » développé afin d’aider les soignants aux choix qui ont dû être faits par rapport aux personnes âgées atteintes de la Covid-19, tenant compte à la fois des patients, de leurs proches et du personnel soignant. Un autre document a été diffusé, par la suite. Son objectif ? Aider à apaiser la souffrance éthique des soignants. Un sentiment qui peut émerger lorsque ceux-ci doivent réaliser des actes les obligeant à transgresser voire à renier leurs propres valeurs.

(Re)découvrez notre article sur les recherches en lien avec la Covid-19.

L’équipement qPCR de Hainaut Analyses, mis à disposition de l’État, permet d’amplifier de façon exponentielle, parfois même de quantifier, un fragment d’ADN « cible » (ou encore ADN d’intérêt, dont la séquence en acides nucléiques est connue), potentiellement présent dans un échantillon.

La PCR en temps réel est donc une méthode très sensible, qui permet de détecter des quantités très faibles, infimes même, du microorganisme dans un échantillon potentiellement contaminé.

Une des techniques employées pour diagnostiquer la présence de SARS-COV2 (Covid-19) repose sur la transcription reverse et la PCR (Polymerase Chain Reaction) quantitative. Cette méthode consiste dans un premier temps à convertir l'ARN viral en ADN double brin, lequel est alors amplifiable par la méthode PCR et donc détectable. En ciblant des séquences d'ADN propres au génome du virus ciblé, il est alors possible de confirmer sa présence dans un échantillon, même s'il y est présent en très petites quantités.

En pratique, dans le cas de la crise sanitaire que nous connaissons actuellement, les prélèvements cliniques sont envoyés vers des laboratoires spécialisés (en biologie moléculaire). Après une étape d’inactivation du virus potentiellement présent dans l’échantillon (pour rappel le Covid-19 est un virus à ARN), l’ARN (acide ribonucléique) est extrait de l’échantillon au moyen de méthodes (bio)chimiques. Cet ARN extrait est ensuite « retrotranscrit » pour obtenir de l’ADN (acide désoxyribonucléique). Un fragment d’intérêt de cet ADN (dont la séquence est connue) peut ensuite être amplifié un très grand nombre de fois grâce à la qPCR jusqu’à obtenir une quantité suffisante pour être détectable.

La procédure de diagnostic telle qu'utilisée par les laboratoires d'analyse de la Task Force "Covid-19", permet de réaliser ces deux étapes en une seule manipulation. Il est donc possible d'augmenter fortement le débit d'analyse et donc la capacité de discerner les patients contaminés ou non.

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SynHERA, Déborah TOUSSAINT 22 September 2020
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