
1. Pouvez-vous résumer votre parcours ?
Je suis ingénieur industriel ECAM à finalité électromécanique, option automatisation de formation.
J'ai adoré mes études, je me suis réellement épanoui aussi bien intellectuellement que socialement durant les 4 années qu'elles duraient à l'époque.
Une fois diplômé, j'ai travaillé pendant un peu plus de 10 ans dans l'industrie, plus spécifiquement pour un fabricant de composants d'automatisation industrielle.
Lors de ces années, j'ai touché à pas mal de facettes de ce que peut être le métier de l'ingénieur, avec durant les premières années des fonctions orientées techniques : support et assistance technique aux clients et équipes internes, dispense de formations, réalisation de projets complets d'automatisation chez différents clients : études, programmation, mise en service des installations, parfois durant plusieurs semaines, selon la taille de l'installation. J'ai ensuite évolué vers des fonctions de marketing (toujours sur des produits d'automatisation) puis de management, ce qui me stimulait nettement moins intellectuellement parlant, et faisait naître en moi un conflit entre mes valeurs personnelles portant sur la sobriété et cette course à la croissance souvent recherchée par les industriels.
Après ces 10 années j'ai eu envie de retrouver plus de sens dans mon parcours professionnel, et comme je gardais un très bon souvenir de mes études, j'ai profité d'une offre d'emploi à l'ECAM pour intégrer l'équipe pédagogique.
Cela fait maintenant plus de 10 ans que j'enseigne à l'ECAM, essentiellement les matières que j'ai eu l'occasion de pratiquer dans ma vie professionnelle (automatisation, régulation, électricité), aussi bien pour des cours magistraux que des séances d'exercices, des laboratoires ou encore de l'encadrement de projets. Je suis également depuis 5 années coordinateur du Master en Automatisation de l'ECAM, et membre actif de la cellule Développement Durable. Et pour finir depuis maintenant un peu plus de 2 années j'ai également une casquette d'enseignant-chercheur.
3. Quels sont vos domaines d’expertise ?
L'automatisation industrielle au sens large (contrôle des systèmes linéaires, informatique industrielle, technologies communicantes, ...)
3. Avez-vous un projet de recherche dont vous êtes particulièrement fière ?
Oui. Il s'agit d'un projet portant sur le développement d'un démonstrateur à échelle réduite d'une machine pour l'industrie du bois, destinée à débiter des grumes d'une manière optimisée.
Aujourd'hui l'énorme majorité des sciages se fait "sur plot", c'est à dire avec des traits de découpe parallèles les uns aux autres, sans tenir compte du fait que l'arbre grandit de manière pseudo-cylindrique, ce que l'on peut constater via la disposition des cernes de croissance de la grume. En débitant l'arbre sans tenir compte de son mode de croissance, on relâche des contraintes internes au matériau, ce qui amène le bois à se déformer et à se fissurer en séchant, rendant une partie des produits issus du sciage non utilisables pour des travaux de menuiserie extérieure par exemple. Sachant qu'un feuillu peut mettre plus de 100 années à grandir avant d'être abattu, je trouve vraiment malheureux de ne pas exploiter au mieux ce que la nature nous offre là.
L'idée de la machine est d'exploiter les technologies modernes (reconnaissance d'image, algorithmes d'optimisation, ...) pour proposer un débit optimal spécifique pour chaque grume, tenant compte de son mode de croissance et permettant d'obtenir des produits stables et mieux valorisables. Le démonstrateur, bien qu'à échelle 1/2, permettra de débiter des grumes de 2.5 m de long et de près de 500 kg tout de même.
Le développement est en cours de finalisation à l'heure où je rédige ces quelques lignes.
4. Quelle est votre vision de la recherche appliquée ?
Je ne pense pas avoir beaucoup de recul et de crédibilité pour répondre à cette question : cela ne fait que 2 années que j'ai cette casquette d'enseignant-chercheur.
Néanmoins, voilà ma vision en quelques mots, à prendre donc avec les pincettes nécessaires.
Je pense que la recherche appliquée est un excellent complément à la recherche plus fondamentale qui est classiquement menée dans les Universités, puisque les niveaux de TRL ciblés par ces 2 types de recherche se complémentent et peuvent s'alimenter mutuellement. La recherche appliquée permet de monter un concept vers un niveau TRL plus élevé, et peut donc de servir de "trait-d'union" entre des acteurs industriels prêts à industrialiser un concept/un produit et les résultats issus de la recherche fondamentale.
D'un point de vue plus personnel, venant de la pratique industrielle, j'aime beaucoup pouvoir mettre en pratique mes compétences pour développer des solutions techniques concrètes que je pense être pertinentes.
C'est l'occasion d'actualiser mes connaissances également, ce qui a inévitablement un impact positif sur la qualité de l'enseignement que je propose aux étudiants.
6. Quel est l’impact que vous désirez avoir sur la société à travers vos recherches ?
J'espère que l'on puisse répondre à une série d'enjeux et de défis sociétaux, tout en diminuant notre impact écologique et en augmentant la résilience de nos sociétés.
Montrer qu'avec une approche différente, innovante, il est possible de vivre tout aussi bien, voire mieux, en consommant moins de ressources et d'énergie.
6. En tant que partenaire du réseau SynHERA, dans quelle mesure la collaboration avec notre structure vous a été ou peut vous être fructueuse ?
Je n'ai pas encore eu l'occasion de collaborer avec SynHERA sur les précédents projets de recherche.
Néanmoins, nous aurons sûrement besoin d'aide pour la suite du projet mentionné ci-dessus.
Un visage derrière la recherche : Myriam Denis